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L’Inde et l’Union européenne concluent un accord de libre-échange jugé historique

L’Inde et l’Union européenne ont finalisé un accord de libre-échange négocié de longue date, présenté par les deux parties comme une étape majeure vers une intégration commerciale plus profonde, à un moment où les échanges mondiaux se tendent et où les chaînes d’approvisionnement deviennent plus politisées.

Lors d’un grand rendez-vous sectoriel, le premier ministre indien a qualifié l’accord d’historique et a souligné qu’il devrait soutenir plusieurs secteurs fortement tournés vers l’exportation, dont le textile, les gemmes et la bijouterie, le cuir, et la chaussure.

Des responsables ont indiqué que des précisions supplémentaires, notamment sur les calendriers de mise en œuvre, les trajectoires de baisse tarifaire, et les dispositions par filière, seraient communiquées une fois les réunions de haut niveau achevées.

L’accord relie deux ensembles économiques de grande taille et crée un marché d’environ 2 milliards de personnes. Ses défenseurs estiment que l’échelle compte davantage dans le contexte actuel, où la résilience des chaînes d’approvisionnement, l’accès au marché, et la stabilité des règles sont de plus en plus liés aux risques géopolitiques et à la concurrence de politiques industrielles. Dans cette optique, l’Inde cherche à consolider des couloirs commerciaux capables de soutenir la croissance des exportations, d’attirer des investissements, et d’élargir ses options au-delà d’une seule destination.

Pour New Delhi, le calendrier est particulièrement significatif. Alors que les droits de douane américains pèsent sur une partie du profil exportateur indien, les autorités mettent l’accent sur la diversification des débouchés et sur la sécurisation de nouveaux accords. L’accord avec l’UE s’inscrit dans cette séquence, avec l’objectif de réduire l’exposition aux chocs tarifaires et d’améliorer l’accès de long-terme à des marchés à fort pouvoir d’achat.

Du côté européen, la stratégie affichée privilégie des relations commerciales structurées plutôt qu’une multiplication de mesures tarifaires ponctuelles. Les responsables européens ont mis en avant un cadre fondé sur le partenariat, la prévisibilité, et la durabilité, et voient dans de nouveaux accords un outil de renforcement des chaînes d’approvisionnement et de compétitivité.

Les échanges entre l’Inde et l’UE sont déjà substantiels. Selon les données de la Commission européenne, le commerce de biens a dépassé 120 milliards d’euros en 2024, faisant de l’UE l’un des partenaires commerciaux les plus importants de l’Inde. Les exportations indiennes vers le bloc couvrent un éventail large, avec des positions fortes dans le textile et plusieurs catégories industrielles, ainsi que dans des segments comme les produits chimiques et les produits minéraux. Les exportations européennes vers l’Inde sont également diversifiées, avec la mécanique et les équipements, le matériel de transport, et la chimie parmi les principaux postes.

Pour autant, l’Inde demeure un partenaire plus modeste dans le commerce total de l’UE. En 2024, elle représentait environ 2,4% des échanges de biens du bloc, loin derrière les parts détenues par les États-Unis, la Chine, et le Royaume-Uni. Cela souligne à la fois un potentiel de progression et une exigence d’exécution: accroître cette part dépendra de la compétitivité, des infrastructures logistiques, de la conformité réglementaire, et de la capacité à réduire les frictions administratives.

L’accord s’insère aussi dans une stratégie européenne plus large de l’Inde. New Delhi a indiqué qu’il viendrait compléter d’autres arrangements, notamment avec le Royaume-Uni et avec l’Association européenne de libre-échange. Des accords qui se recoupent peuvent améliorer la couverture des marchés, réduire les coûts de conformité pour les exportateurs opérant sur plusieurs juridictions, et soutenir des décisions d’investissement liées à la localisation des chaînes d’approvisionnement.

Les analystes soulignent néanmoins qu’un accord Inde-UE ne remplace pas l’importance de l’accès au marché américain. Les États-Unis restent le premier débouché d’exportation de l’Inde, et l’excédent commercial indien sur les biens y est historiquement plus élevé que celui vis-à-vis de l’UE. En 2024, l’excédent de l’Inde sur les biens avec les États-Unis était d’environ $45.8 billion, contre environ $25.8 billion avec l’UE, ce qui illustre le poids structurel du marché américain.

L’impact économique dépendra du texte final. Les entreprises surveilleront les modalités de baisse des droits, les règles d’origine, les mécanismes de coopération réglementaire, l’accès aux services, et les clauses liées à la durabilité, aux normes sociales, et au règlement des différends. Les secteurs sensibles au prix chercheront une visibilité sur la vitesse de réduction tarifaire, tandis que les industriels se concentreront sur la simplification des exigences et sur l’accès aux intrants.

Si l’exécution est fluide et si les concessions sont substantielles, l’accord pourrait soutenir une expansion plus régulière du commerce Inde-UE sur la décennie à venir, tout en renforçant l’ambition indienne de se positionner comme plateforme de production et d’exportation. Si les dispositions s’avèrent trop étroites, trop lentes, ou trop complexes, le symbole pourrait dépasser les gains immédiats. Pour l’instant, la conclusion de l’accord envoie un signal clair: malgré un système commercial mondial plus fragmenté, l’Inde et l’UE choisissent de renforcer un cadre d’intégration économique plus institutionnalisé.